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Surprenante Saskatchewan

Nous sommes à la fin de l’année, ce moment où tout le monde dresse des bilans.
J’ai plutôt eu envie de revenir sur une destination qui m’a surprise là où je ne l’attendais pas. Je la raconte comme elle s’est imposée à moi : spontanément, avec quelques détours et un joyeux désordre.

J’y allais, je l’avoue, avec certains préjugés bien ancrés.

Dans ma tête, c’était le genre d’endroit où, dit-on, on peut voir son chien courir pendant quatre jours. Le paysage serait plat, mais… quant au voyage, je ne l’espérais pas plate.
Dans ma tête, les promesses existaient pourtant : cuisine, découvertes autochtones, pêche, forêt. Mais dès le départ, la réalité s’est invitée autrement. Les feux allaient redessiner l’itinéraire.

L’avion s’est posé. Le claquement sec des roues sur la piste. Puis la voiture, la route droite, le paysage qui défile sans chercher à séduire. Des bâtiments semblables, un horizon sage. À ce moment précis, rien ne criait « coup de cœur ». Je regardais. J’attendais. Mais rien.

Une fois installée à l’hôtel, j’ai dévalé les escaliers pour aller yeuter les alentours. Et, accessoirement, dîner chez Hearth, non loin de là. Les cocktails m’avaient fait de l’œil, c’est vrai, mais c’est surtout le discours autour des matières premières et des produits locaux qui m’a convaincue. Dans l’assiette, tout prenait sens. Un repas juste, précis, sans fioritures. Les suggestions de cocktails pairing étaient parfaites, bien balancées. Et ce sticky pudding, tiède et réconfortant. Succulent.

J’en ai profité pour visiter le Remai Modern attenant. Des salles épurées, le pas qui résonne doucement sur le sol, et cette impression de dialogue constant entre art contemporain, linogravures de Picasso et artistes autochtones. Un lieu qui ne cherche pas à impressionner, mais à faire réfléchir.

Le Nord étant devenu inaccessible, les feux ayant imposé leur loi, j’ai dû lâcher prise et accepter que le voyage serait autre. Et c’est souvent là que les vraies surprises commencent.

Parmi elles, une rencontre marquante : la cheffe métisse Jenni Lessard. Chez elle, à Qu’Appelle, l’accueil était simple, sincère. Des plats porteurs de mémoire, servis sans discours inutile. J’ai mangé lentement, attentive aux textures, aux saveurs, à ce qu’elles racontaient. Je pense encore à cette salade de lentilles. Je lui écrirai pour la recette promise, c’est certain. Plus tard, à Regina, un autre repas concocté par ses soins, cette fois au Royal Saskatchewan Museum, assise près de Scotty. Dîner à côté d’un squelette de tyrannosaure, ce n’est pas banal. Impressionnant.

Au Centre du patrimoine de la GRC, le cercle de réflexion conçu par l’artiste cri Lyndon Tootoosis m’a touchée. Le silence y est dense. On y reste debout, sans trop savoir quoi faire de ses mains, les yeux balayant tous ces noms sur les galets. Un lieu pour se taire, pour ressentir. Émouvant.

Batoche m’a marquée autrement. Par le vent, surtout. Par cette façon qu’a le paysage de s’ouvrir sans prévenir. J’ai marché jusqu’aux chaises rouges, pris le temps de m’asseoir. Les graminées ondulaient doucement. Le regard portait loin. Très loin. J’ai compris que le plat pouvait être beau. Beau

Sur la rivière Chief Whitecap, pagaie en main, j’ai laissé le rythme de l’eau dicter le mien. Les guides du Dakota Dunes Resort racontaient leurs grands-parents, l’importance de l’eau, la transmission. La rivière était calme, presque méditative.

Le soir venu, bien entourée, j’ai savouré un souper généreux : tomahawk de bison grillé, joues de doré poêlées, divers accompagnements, le tout préparé dans le respect de la cuisine autochtone. Accueillant.

En Saskatchewan, la gastronomie repose sur des produits locaux et sauvages : bison, poissons d’eau douce, baies de Saskatoon, champignons.

Derrière les grandes étendues de blé, il y a aussi de petites fermes, des gestes patients. À One Forty, j’ai découvert une agriculture réfléchie, engagée — et bercé un agneau, accessoirement. Le mouvement « de la ferme à la table » est bien implanté, porté par des chefs qui valorisent les produits de proximité.

J’aurais voulu aller plus au nord, pêcher, cueillir, cuisiner en pleine nature. Ce sera pour une autre fois. Certaines histoires demandent qu’on revienne.

Je suis arrivée avec mes certitudes bien rangées. Je repars sans plus aucun préjugé et nettement mieux nourrie : des gens accueillants, des moments émouvants, des repas succulents, des paysages beaux sans chercher à l’être.

J’avais tort, et ça goûtait bon de m’en rendre compte. Comme quoi, parfois, le beau commence exactement là où on ne l’attend pas.

Mes coups de coeur

Pour nourrir son corps:
Hearth, bien entendu
Calories, pour des ingrédients locaux et c’est le bar où Joni Mitchell a fait ses débuts
Café Pique, pour déjeuner
Pile O Bones, pour de bonnes bières

Pour nourrir son âme : Ferme One Forty pour sa vision durable
Remai modern, pour les amateurs d’art contemporain
Lieu historique national de Batoche, pour découvrir un pan de l’histoire
Royal Saskatchewan Museum, pour voir Scotty et la galerie des Premières nations
Champetre county. Pour monter à cheval, y dormir sur place et y vivre l’expérience « ranch des plaines »
Dakota Dunes resort, pour faire du canot, fatbike et autres activités en plein air
Centre du patrimoine de la GRC pour prendre un temps d’arrêt et se remémorer et y apprendre l’histoire de la police montée.

Nathalie Labelle

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